"Le mal du siècle n'est que dans l'ennui résigné et verbal de ceux qui renoncent et se vantent de renoncer, par bon sens ou esprit religieux. Le bien du siècle est dans ce principe même de révolution à quoi aboutissent les hommes dociles à l'esprit."
Elle a déjà eu lieu ? Eh bien, faut-il alors se résigner à se taire, renoncer à ses propres rêves parce que d'autres en eurent de semblables ? Le tourment n'est pas l'affaire d'une génération, il est le propre de l'individu qui refuse de laisser l'histoire n'être qu'une affaire du passé et sur laquelle il n'est plus capable d'agir, mais de seulement accepter, reconnaître, apprendre et baisser la tête. Si cela doit nous freiner dans notre envie (et besoin) de faire, il s'agit alors de se persuader qu'elle n'a jamais existé. Alors l'imagination et la création se feront sans réserve, sans complexe, sans le poids du passé qui rend toute tentative asperme (dans cette attitude en retrait qui est de "ne pas savoir", il y a déjà le signe d'une faiblesse condamnant l'être dans son devenir) ; du moins parviendrons-nous sans doute à préserver l'illusion intacte d'avoir entrepris quelque chose.
On dit généralement que les mots appartiennent à tout le monde, tâchons donc de faire nôtre ce vieux lieu commun. La mémoire poétique ne possède pas de socle, aussi rigide soit-il, qui nous interdise de poursuivre un mouvement de la pensée, mouvement qui, soit dit en passant, prend ses racines dans l'Antiquité.
La révolution poétique doit toujours être reconduite sous peine de devenir déconsidérée, inadaptée et obsolète. Il ne s'agit pas forcément de faire table rase, il s'agit de conserver les germes des révolutions précédentes.
Une révolution n'est pas un mouvement bref, seul son geste l'est. Elle doit ensuite grandir, faire ses armes, et cela peut demander du temps. Un arbre ne s'est jamais fait en un jour.
Si on ne la reconduit pas obstinément, on est condamné à ne jamais cesser de célébrer que des anniversaires littéraires (ou autres), à ne jamais célébrer que des fantômes, à ne jamais célébrer au fond que sa propre peur, que son propre oubli, que sa propre mort. Il faut au contraire continuer (nul ne peut plus prétendre commencer) d'énoncer, de commenter, de défendre ses idées, ses opinions, de taper du poing contre toute forme d'assujettissement.
Reprenons ce qui a été dit (quand bien même cela l'aurait déjà été), reprenons ce qui a été commencé (car qui peut prétendre y donner une fin), élargissons ces prés d'investigations, dans tous les sens et par l'exploration de tous nos sens, pour les seuls et rares plaisirs de faire et de comprendre. Donnons écho au bruissement du passé (car il n'est pas seulement une corne muette) afin qu'une nouvelle source puisse provisoirement jaillir.
Les idées ne sont pas neuves ? Qu'importe ? Aucune ne peut être fixe car elles demeurent toutes provisoires.
C'est le contexte, rendu toujours mouvant par le levier de la métamorphose, et qui, entraîné par la force du courant temporel, se fragilise. L'idée redevient investie et réactualisée par son nouvel environnement, qui lui garantit son renouvellement.
Je crois que même seulement la rêver c'est déjà croire en quelque chose, commencer un jeu sans limites avec l'univers. Et c'est sans doute aussi échapper à l'inquiétude
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